Résister aux influences

Bienvenue chez les médecins qui refusent d’être primés en fonction d’objectifs fixés par l’Assurance-maladie française.

La nouvelle convention médicale, contrat qui lie l’immense majorité des médecins français au principal assureur-santé (principal car obligatoire), prévoit désormais une rémunération complémentaire pour les médecins qui atteindront des objectifs chiffrés.

Ces objectifs sont représentés par des indicateurs censés refléter la qualité des soins délivrés, ils sont précisés page 22 (article 26.2) de cette convention :

Une fois ces critères précisés, des points sont attribués en fonction du respect de chaque objectif. Notez que certains critères ne sont pas uniquement liés à la prescription du médecin, mais à la réalisation effective de certains examens par ses patients.

 Le total 400 + 250 + 250 + 400 donne un score maximal de 1300 points.

La valeur annoncées du point est de 7 euros, soit une prime totale maximale annuelle de 9100 euros pour une clientèle moyenne de 800 patients (la prime sera ensuite pondérée en fonction de la taille de la clientèle).

Ceux qui savent ce que devient le travail humain évalué par des indicateurs n’ont pas besoin d’explications complémentaires pour comprendre notre refus. Nous refusons toutes les influences, primes ou cadeaux qui peuvent altérer notre mission de soin et de conseil auprès de nos patients, qu’elles proviennent de l’industrie pharmaceutique, des assureurs privés ou de l’assurance-maladie. Nous refusons que l’on puisse croire que la qualité de notre travail est évaluable par ces procédés réducteurs.

Pour ceux qui ne comprennent pas notre refus, pensant qu’il s’agit d’une résistance à la nécessaire évaluation de travailleurs rémunérés par une dépense publique, je suggère les lectures suivantes :

 Une approche critique de la démarche qualité dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales par C Grandjean.

– Rémunération au rendement : avancez prudemment, chaussée glissante (la traduction est sous la partie en anglais).

En résumé, les structures sanitaires anglosaxonnes d’élite ont abandonné cette « rémunération à la performance », initialement séduisantes, mais qui altère le soin et ne diminue pas les coûts. Les médecins se concentrent sur les indicateurs et oublient les patients. Le police française fonctionne sur ce principe depuis plusieurs années avec les résultats que l’on sait.

Ce qui est difficile à comprendre, c’est que cette stratégie aboutit TOUJOURS à des soins plus chers et plus médiocres, comme la campagne de vaccination contre la grippe AH1N1 l’a démontré de façon caricaturale. Il existe en revanche un niveau de preuve important concernant l’intérêt pour la santé publique d’apporter aux médecins la possibilité d’accéder à des formations indépendantes des industriels ou des assureurs. Cette stratégie, moins coûteuse, éprouvée, n’a jamais été mise en oeuvre à ce jour.

Le mouvement de refus du P4P a été initié par un groupe de médecins bretons et une pétition. Il est soutenu par le SMG : http://www.smg-pratiques.info/Appel-au-boycott-de-la-prime-a-la,599.html

Vous pouvez participer à la réaction (pour l’honneur, cela ne changera rien) en copiant votre lettre à votre CPAM ici http://www.les-medecins-qui-refusent-la-prime-secu.org/vos-lettres

Si vous souhaitez réagir, vous pouvez le faire sous cet article en veillant à rester courtois.

Si vous possédez un site personnel ou associatif et que vous souhaitez apparaître dans la colonne de droite « Ils nous soutiennent« , signalez-le sous cet article.